La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

Une vision humaniste de l’ennemi
 
 
Un témoignage original

Dans son récit de guerre, l’instituteur Charles Barberon porte un intérêt particulier aux rapports entretenus avec l’ennemi et à la représentation qui en est donnée. Sa connaissance de la culture allemande et sa maîtrise la langue, son caractère épris d’humanisme l’ont probablement encouragé à entreprendre une telle démarche.

Intérêt pédagogique et pistes d’exploitation

Ses observations nous montrent en premier lieu que les sentiments d’hostilité et de haine ont bien existé et qu’ils ont été largement partagés. Des éléments de réflexion intéressants nous sont donnés sur les facteurs conduisant à la négation et à la haine de l’autre. L’étude de cas présente d’autre part l’avantage de cerner avec plus de nuance les manifestations des sentiments envers l’ennemi ; l’hostilité semble ainsi avoir été plus forte et plus intransigeante chez les civils que chez les soldats, sans doute parce que ces derniers partageant les mêmes épreuves et les mêmes souffrances que l’adversaire, ont été conduits à faire preuve de plus de discernement et de compréhension.

À travers son témoignage, Charles Barberon nous fait aussi découvrir une autre image de l’adversaire, dissemblable de l’image du « barbare » délivrée par la propagande et conforme aux valeurs humanistes qu’il défend.

Le travail des élèves peut s’organiser à partir de ces différents regards portés sur l’ennemi.

Les documents peuvent être utilement comparés avec d’autres sources afin d’établir les similitudes, les nuances ou les différences.

Une étude plus spécifique ou approfondie du regard porté sur l’ennemi peut être faite à partir de deux extraits plus longs et moins factuels que les autres extraits sélectionnés sous la forme d’ «enquête d’opinion» que leur donne Barberon.

Dans le premier extrait de mars 1916, l’auteur restitue l’opinion de ses camarades sur les perspectives et les termes du conflit engagé depuis plus de trois ans. La discussion rapportée fait apparaître une plus grande réceptivité des soldats d’origine urbaine au discours « va-t-en-guerre » et à la haine de l’ennemi. À l’opposé, les soldats d’origine paysanne se montrent réservés et sceptiques, voire indifférents aux discours de mobilisation propagés par les autorités. Par pragmatisme et à partir de considérations plus terre à terre, Barberon nous les montre plus sensibles aux arguments pacifistes qu'il avance.

Le deuxième extrait porte plus directement sur la vision de l’ennemi et relève d’un contexte particulier puisque l’auteur rapporte les témoignages de civils de la Somme qui ont connu l’occupation allemande. L’évacuation de l’armée allemande sur la ligne Hindenburg en mars 1917 (et qui s’accompagne de la destruction systématique des villages abandonnés) permet à l’auteur d’entrer en contact avec les populations. L’occasion lui est fournie de contredire l’image du « barbare » véhiculée à l’arrière. Les réponses des civils à ses questions offrent en effet une vision fort contrastée des rapports entretenus entre occupants et occupés en tout cas fort éloignée du discours manichéen tenu par la propagande.




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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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