La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

Hommage à Charles Barberon, 1er novembre 2007
 
 

Messieurs, je suis très touchée de l’hommage que vous venez de rendre à mon grand-père, et permettez-moi de vous présenter en quelques mots l’homme que vous venez d’honorer.

Mon grand-père Charles-Alphonse-Eugène Barberon est né le 5 mars 1883 à Santeau, près de Pithiviers. Quand la guerre est venue le prendre, il était instituteur et secrétaire de mairie à Orveau, près de Malesherbes. Il exerçait son métier avec passion, il était pénétré de sa mission d’enseigner. Il avait aussi la joie d’être époux et papa du petit garçon qui devait devenir mon père. Puis la guerre l’a arraché à tout cela.

Il l’a faite comme il faisait tout, en homme debout, solide et courageux. Mais, ce qui m’a le plus frappée dans ses Cahiers de guerre, c’est cette faculté qu’il avait d’être à la fois le combattant et l’homme qui ne cessait de voir, dans son ennemi, également un homme, qu’il respectait, même s’il le combattait. Je ne vous raconterai pas sa guerre. Il a été partout. Il a fait la bataille de la Somme, il a été héroïque et a été cité pour cela devant Saint-Quentin… Il a combattu jusqu’à l’armistice, en Champagne. Jamais blessé, il a été gazé, hélas ! comme beaucoup. Et les effets en ont été lents, progressifs et inexorables.

À son retour à Orveau, il a repris sa vie d’avant. Il a rédigé son Journal de guerre. Il a été le père de sa petite fille, ma tante Suzanne. Et puis, hiver après hiver, sa vie a basculé au fur et à mesure que ses poumons se sclérosaient. Il a fini par avoir des crises de dyspnée insupportables. Je veux saluer ici le dévouement de ma merveilleuse grand-mère qui l’a toujours soigné et soutenu. Mais ils ont dû tous deux se résigner. Il a pris sa retraite anticipée en 1930, et il a essayé d’aller reprendre son souffle à l’air des Pyrénées-Orientales. C’est là qu’il est mort, au Sanatorium militaire de campagne d’Amélie-les-Bains, le 5 mars 1932.

En conclusion : trois mois après sa mort, un jugement du Tribunal de Première Instance d’Orléans le reconnaissait mort des suites de sa guerre. Mais – sans que j’aie pu reconstituer ce qui s’est passé – le jugement n’a pas été enregistré et mon grand-père n’a jamais figuré sur aucune liste de Morts pour la France. Quand je l’ai découvert, j’ai voulu que cet oubli soit réparé, et la mention marginale a été ajoutée à son acte de décès, le 20 juin 2006. Donc, soixante-quinze ans après sa mort, justice lui est enfin rendue. C’est cela que vous m’avez permis de célébrer aujourd’hui avec vous, et, à partir de maintenant, je vous prie avec émotion d’adopter mon grand-père Charles parmi les morts que vous honorez chaque année au Monument aux morts de ce cimetière où nous allons nous rendre. Merci.

Denise Homerin-Barberon




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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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