La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

Fiche d'interprétation : le patriotisme géographique ou social
 
 
Contexte et présentation

La nature du conflit impose une séparation durable des familles et un bouleversement des structures sociales existantes (mobilisation des hommes ; réorganisation du travail…). Pour cette raison, une des fonctions essentielles de l’image de propagande est de rassurer et de se porter garante de la cohésion sociale en adaptant ou transposant ses codes à la situation de guerre. Plusieurs éléments sont caractéristiques de ce souci :

  • l’usage fréquent du photomontage associant sur un même plan les deux espaces de la guerre pour souligner la force des liens qui unissent le combattant à sa famille ;

  • une représentation normative, voire folklorique des sociétés civiles et combattantes avec une tonalité marquée pour le genre populaire. Le langage, le décor intérieur, les accessoires comme les tenues vestimentaires sont ainsi le plus souvent stéréotypés.
    Ces représentations interclassistes mettent l’accent sur l’idée de cohésion sociale suivant le principe d’égalité attaché à la tradition républicaine, aspect qui se trouve renforcé par la mobilisation de masse.

  • - La vision de la société combattante née de la prolongation de la guerre et de la fixation des fronts souvent assimilée à un type d’organisation sociale avec ses obligations, ses habitudes, ses contraintes et ses aléas. Le monde combattant s’est imprégné de cette nouvelle condition et des usages militaires qui en déterminent l’approche ; mais il est aussi intervenu sur les situations rencontrées avec ses propres représentations qui, en l’occurrence, sont aussi celles des membres de la communauté restés à l’arrière. C’est ainsi que l’activité guerrière est souvent assimilée à un métier. En ce sens, la situation combattante réactualise plus les codes sociaux qu’elle ne les renouvelle.
    La carte postale en a saisi tout l’intérêt ne serait-ce qu’au titre de la fonction qu’elle est censée assurer. Elle a notamment contribué au syncrétisme des codes sociaux et militaires en usage et favorisé de la sorte sa lecture et sa diffusion à l’arrière comme sur le front.

 
Les représentations sociales

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1/ Le modèle familial

Le soldat se voit doté de l’ensemble des valeurs familiales dont le mode relationnel est fondé sur la réciprocité. Il est l’objet des dévotions familiales (amour, pensée, respect, admiration, désir) et incarne le modèle à prendre en exemple.

En retour, le statut combattant lui attribue un rôle de protecteur de la famille et la mission d’en rétablir l’unité momentanément rompue par l’état de guerre.


Les codes familiaux

Les générations (enfants, femmes, parents)

Les relations types établies entre membres d’une même famille : père/enfant; mari/femme; frère/sœur; père/fils.

Les codes d’appartenance sociale : la famille paysanne, les milieux populaires et urbains ou bourgeois.

Les codes éducatifs et moraux : la hiérarchie des statuts et la différence des fonctions sur le plan relationnel en rapport avec l’âge et le sexe (à noter que le combattant prend la première place dans l’ordre générationnel).


 
2) Le modèle populaire

La guerre offre un succès et une dimension inattendue au modèle populaire. Ses attributs s’articulent autour de quelques principes normatifs et de valeurs à connotation positive :

  • l’identité de genre associée à la masculinité et sa virilité ;

  • un ensemble de qualités plus morales que guerrières : la sûreté, la contenance, l’assurance, l’opiniâtreté, la patience, le sang-froid, le courage, le bon sens. Ces valeurs se présentent de manière indistincte et peu nuancée. Populaires, elles ne peuvent sur le fond être séparées des valeurs dominantes de l’époque et de leurs visées pédagogiques (relayées notamment par le système éducatif de la IIIe République) ;

  • des pratiques sociales. L’œuvre de guerre résulte moins d’un concept et d’une logique explicative que d’une pratique qui donne son sens à la notion de devoir. On part du droit naturel qui fonde les pratiques et rapports sociaux, les usages qui les établissent (travail, rapports familiaux, langage, attitudes…) pour fonder et légitimer par translation celui qui s’applique à la situation militaire.

Les codes du genre populaire

Le vocabulaire des tranchées associé à l’argot populaire.

Le registre de langue fondé sur des formules simples et directes typiques des milieux militaires mais aussi des milieux populaires.

L’humour basé sur le comique troupier et le comique de situation appréciés des milieux populaires.

Les attributs physiques et leurs accessoires : la pipe, la barbe que l’on peut facilement associer à la virilité populaire. Les accessoires militaires ( l’uniforme et le casque) renvoient, eux aussi, par l’égalité de condition, à la classification sociale du monde populaire.

L’ouvrage militaire : l’image du soldat fidèle au poste, assurant sa tâche surpasse le plus souvent l’œuvre guerrière elle-même. Elle peut être ainsi identifiée à l’ouvrage abandonné ou laissé de côté à l’arrière.





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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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