La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

Salle centrale
 
 

Située au centre de l’espace muséographique, et dominant trois autres salles, la salle centrale offre des proportions particulières qui renforcent sa stabilité: une base carrée de quatorze mètres de côté et une hauteur de sept mètres. C’est un pivot autour duquel se déploient les quatre autres salles. Malgré l’importance de la base horizontale, la verticalité ici domine, affirmée par quatorze hautes stèles réparties régulièrement sur trois côtés. Y figurent des portraits sérigraphiés sur des surfaces métalliques et lisses. De part leur échelle ces stèles structurent l'espace, elles sont des éléments à part entière de l'architecture.

Si les autres salles conduisent à une attitude de réflexion et d’analyse, il s’agit ici d’un lieu suscitant une émotion. Le programme muséographique disait : « la salle des portraits doit représenter l’individu dans le conflit ; elle sera située au milieu des autres salles pour mettre en relation ces portraits avec les évènements historiques. »

Ici la lumière change complètement. Cette salle n'a aucun éclairage direct. Seules les autres salles renvoient à cet espace ouvert une faible lumière. Ce point de vue privilégié est cependant contrarié par le dispositif de présentation des cinquante eaux fortes d’Otto Dix. Les abat-jour métalliques, sombres, ramènent notre regard vers l’espace intérieur. L’architecte Henri Ciriani explique sa volonté de créer un espace qui soit l’inverse d’un puits de lumière, un absorbant lumineux éclairé par les autres salles. Ce choix confère à ce lieu une atmosphère propice au recueillement et à l’émotion.

Cette attitude et ce sentiment sont largement suscités par les grands portraits souvent coupés. De ces ruptures émerge l’idée d'existences brutalement interrompues et brisées. Ces fragments de vies sont issus de différents pays, parfois lointains, pour mieux montrer le caractère mondial de cette tragédie dont les principaux belligérants étaient aussi des puissances coloniales. Des visages sont séquencés par les intervalles réguliers séparant chaque stèle. Ceux-ci permettent au regard du visiteur d’établir une relation entre des éléments perçus dans les autres salles et ce moment suspendu où des anonymes nous regardent avant de plonger dans la tragédie. Les images terribles d’Otto Dix l’annoncent en imposant un raccourci brutal entre l’instant où le monde va basculer et celui où il est plongé dans le cataclysme. Notons que cette confrontation est déjà mise en espace dès l’arrivée du visiteur dans cette salle. En effet, tel un phare, un prisme lumineux triangulaire, enchâssé dans le sol gris, présente trois des eaux fortes de la série de Dix. En avant-scène, il permet d’éviter un rapport trop frontal du visiteur avec les imposantes stèles, et ramène son regard dans l’épaisseur de l’espace Enfin il assure un trait d’union entre l’œuvre de Dix et les images photographiques.




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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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