La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

Notions de patriotisme et de nationalisme
 
 

On peut s’aider pour définir les expressions du patriotisme et les cadres référents au patriotisme de la typologie que propose Claude Nicolet dans L’idée républicaine en France ( 1 ).


  • Le patriotisme géographique (ou social) qui se manifeste par l’attachement au territoire, à la terre investie comme la mère-patrie par la conscience d’un «nous» du dedans auquel s’oppose au dehors « l’autre », l’étranger. La mère-patrie est regardée comme le sol ou le terreau où s’édifie la culture propre et avec elle la conscience d’une identité personnelle qui dépasse l’individu et sans laquelle cet individu ne serait rien ;

  • le patriotisme culturel dans lequel la culture se présente comme prisme où se réfracte le mouvement de la civilisation. La notion se rattache au mouvement impulsé à la Renaissance par « la civilisation des mœurs », mouvement dans lequel la figure d’Érasme est centrale (le civilisé : l’homme le meilleur en toute chose). L’humaniste définit le principe de civilité comme l’art des bonnes manières permettant de se produire dans le monde, hors de la famille et du village, sans heurter les sensibilités diverses de la vie urbaine ;

  • le patriotisme juridique inspiré de la raison émancipatrice et des idées universalistes propres aux Lumières et qui trouve sa consécration à l’époque de la révolution française avec l’installation de l’idée de nation (idée d’une « constitution républicaine » qui se veut strictement dérivée et déduite de l’idée pure de droit public). C’est cette conception qui inspira largement les mouvements nationaux de la première moitié du XIXe siècle qui s’appuient, suivant en cela le modèle français, sur le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et celui garantissant les libertés démocratiques.


La notion de nationalisme se distingue de celle de patriotisme dans l’acception que le terme a prise à partir des années 1870-1880. Le nationalisme de type autoritaire, expansionniste et exclusif qui se développe durant cette période s’oppose au nationalisme généreux et émancipateur de la première moitié du siècle et qui culmine avec les événements révolutionnaires de 1848 en Europe.

Ce nouveau nationalisme s’exprime par le renforcement du rôle de l’État dans l’affirmation de la question nationale, l’expansion coloniale et l’impérialisme (à titre d’exemple : la réalisation par la guerre de l’unité de l’Allemagne et de celle de l’Italie ; l’œuvre de redressement national engagée par la IIIe République après la défaite de 1870). Le nationalisme des grandes puissances occidentales a favorisé, en outre, l’émergence d’un nationalisme de type conservateur : la Ligue pangermaniste et les mouvements völkisch en Allemagne ; le nouveau nationalisme en France représenté par la Ligue des patriotes, la Ligue pour la patrie française ou encore l’Action française).

Rapporter et contextualiser les deux approches de l’auteur concernant le patriotisme et le nationalisme

Patriotisme et nationalisme s’articulent plus qu’ils ne se superposent dans les dessins de Laurent Medus. Le nationalisme chauvin et la haine envers l’ennemi se présentent chez lui comme des miroirs du sentiment national et patriotique exacerbé par la guerre et s’expriment sous forme de valeurs antithétiques : la volonté de chasser l’ennemi du territoire occupé comme expression du patriotisme géographique (ou social) ; l’exclusion de la culture de l’autre du mouvement de la civilisation comme expression du patriotisme culturel ; la stigmatisation des institutions de l’ennemi comme expression du patriotisme juridique.

L’articulation des deux notions met davantage l’accent sur l’idée de guerre de défense patriotique que sur celle de conquête. Les filiations avec le patriotisme moderne sont plus rappelées qu’elles ne sont appelées à se renouveler (socle de représentations où la Révolution française sert de référent majeur au syncrétisme des patriotismes).

Le contexte de guerre détermine néanmoins une vision autocentrée, partisane et radicale du patriotisme qui s’appuie également sur les transformations qu’ont connus les concepts de patrie et de nation sous la IIIe République :

  • le sentiment de peur suscité par l’invasion et l’occupation d’une partie du territoire ; son rattachement au souvenir traumatisant de la guerre de 1870 ;

  • la patrimonialisation et la folklorisation du patriotisme et de l’idée de nation par l’État sous la IIIe République (cf. l’enseignement patriotique délivré par l’école comme vulgate pour fixer la représentation des identités collectives de plus en plus identifiées à l’État ;

  • L’instauration d’un culte et d’un cérémonial républicain comme cadre de production et de reconnaissance des mythes et des symboles de la nation ;

  • L’émergence d’une pensée ethnocentrique adossée aux sciences sociales et aux sciences de la vie en plein essor depuis la seconde moitié du XIXe siècle et aux représentations qui se sont forgées lors de l’expansion coloniale ;

  • La vulgarisation et la diffusion à grande échelle des représentations, notamment par l’iconographie, grâce au développement des nouveaux médias (presse illustrées, bande dessinée, photographie).




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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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