La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

La correspondance de Laurent Medus
 
 

La collection comprend une série d’enveloppes, de cartes postales et de lettres toutes illustrées ou caricaturées. Leur auteur, Laurent Medus, est un ancien élève des Beaux-Arts de Montpellier; il sert durant la Grande guerre dans un régiment de hussards puis dans un régiment de cuirassiers à pied. La destinataire, Henriette Solleliand, est une amie de l’auteur et appartient au même milieu des Beaux-Arts de Montpellier. Quelques cartes postales sont adressées aux sœurs de cette dernière.

La correspondance archivée débute le 2 janvier 1915 et s’achève le 6 janvier 1919. Régulière pour les années 1915, 1916 et 1917, elle est vierge pour l’année 1918. La collection est aussi incomplète : de nombreuses enveloppes illustrées n’ont pas de lettre correspondante.


Nous savons peu de choses sur l'auteur; mais on devine facilement l’appartenance à un milieu social aisé et cultivé. À ce titre, l’auteur n’est pas représentatif de la masse combattante; à ce titre seulement car ses prises de position reflètent assez bien le vécu et l’état d’esprit combattant tels que l’historiographie récente les a mis à jour. Nombreux sont en effet les thèmes qui ont valeur d’exemples : la volonté de tenir et le consentement à la guerre, la représentation de l’ennemi, la force du patriotisme ou encore la formation de l’idéal de paix ( 1 ).


Les supports

L’association de l’écrit et du dessin constitue sans nul doute l’originalité de la collection. Il convient, à ce propos, de déterminer les spécificités de chacun des supports ainsi que le type de relation qui s’établit entre les deux modes d’expression.


L’écrit

Il apparaît essentiel pour appréhender les représentations de l’auteur et leur énoncé notamment à travers le processus de construction narratif. La correspondance est un genre qui s’adapte bien à la variabilité des situations ; elle obéit aussi à des règles plus spontanées que d’autres formes d’écrit, ce qui présente, de notre point de vue, des avantages indéniables.

La spontanéité du dialogue n’en demeure pas moins minorée par les décalages relatifs aux péripéties et autres aléas de la vie militaire. Doivent être prises en considération, également, les barrières culturelles et l’identité de genre à laquelle sont renvoyés nos interlocuteurs en tant que prismes déformant les sentiments et l’expérience ressentie.

Le ton léger et humoristique qu’emploie volontiers l’auteur est sur ce point significatif : s’il manifeste avant toute chose le désir d’échapper à la réalité sordide de la guerre, il est aussi révélateur d’un souci de maîtriser ses émotions et d’en contrôler la portée au même titre que la caricature.


Le dessin

Sa place est essentielle dans la correspondance de l’auteur. Il permet, en premier lieu, d’entretenir la complicité artistique nouée avec l’interlocutrice.

Cette fonction ne doit pas pour autant être exagérée, et plus encore, dans le contexte d’ « isolement total » et de destructuration que produit la guerre. Ce mode d’expression, a priori original, n’a le plus souvent chez l’auteur, et plus particulièrement sous sa forme anecdotique et caricaturale, d’autre prétention que de venir agrémenter la correspondance établie.

Cette dimension ludique, qui vise souvent à rompre l’ennui et la monotonie de la vie au front, explique probablement le fait que sur le plan discursif, le dessin n’apporte pas d’éléments nouveaux au discours narratif. Il lui est le plus souvent inféodé et de circonstance (jour anniversaire, fête …).

L’exception, et non des moindres, concerne les sujets à caractères généraux qui ne sont, quant à eux, traités que sous le mode illustratif (l’ennemi, le patriotisme, les buts de guerre, l’idéal de la paix...).

Le caractère impersonnel de ces thèmes explique en partie qu’ils échappent au discours narratif et à l’intimité du dialogue sur laquelle ils se fondent.

Le déroulement général du conflit et les valeurs collectives qui s’y rattachent apparaissent, de surcroît, secondaires au combattant par rapport aux préoccupations matérielles et morales immédiates. On ne doit donc pas s’étonner de les voir échapper à la narration qui se veut, au contraire, en phase avec de telles préoccupations.

Pour autant, le traitement exclusivement illustratif de ces mêmes thèmes montre bien que le combattant n’y est pas indifférent. Ils ont, d’autre part, la particularité d’être traités de manière invariante chez l’auteur et sont souvent marqués d’une plus grande attention stylistique.

C’est sous cet angle que se manifeste la singularité du dessin par rapport à l’écrit. Il servirait, de la sorte à rappeler une référence commune, pourquoi pas même à exprimer le langage commun du consentement à la guerre.

En toile de fond, mais omniprésent, il servirait de guide, de caution aussi, à partir desquels pourrait s’exprimer librement l’altérité du discours et des sentiments.





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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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