CANOPE academie d'Amiens

Château-Thierry – 02 – Pont de l’Aspirant de Rougé, 1939-1945

 
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L’existence d’une occupation dense est attestée à Château-Thierry dès l’époque romaine, le Ier siècle. Une agglomération secondaire, un vicus donc, dont l’activité repose sur l’existence de deux voies de communication, fluviale tout d’abord avec la Marne, terrestre ensuite avec la voie romaine de Sens à Soissons, aménagée sous l’Empereur Septime-Sévère (193-211). Malgré l’importance de celle-ci, la traversée du fleuve s’effectue alors à gué, un passage situé à quelques centaines de mètres en aval du pont actuel, face au quartier Saint-Crépin donc. La rivière en effet à cet endroit y était plus large, mais moins profonde qu’aujourd’hui.

Il faut attendre la seconde moitié du XIIème siècle pour que l’existence d’un pont soit attestée, une passerelle de bois plutôt. A cette époque, Château-Thierry est un modeste bourg castral, qui entame néanmoins son développement sous l’administration des comtes de Champagne. A la fin du XVIIIème siècle, alors que le royaume de France est à présent couvert d’un dense réseau de routes pavées, une construction de pierres à trois arches vient remplacer le vieux pont médiéval. Celle-ci est l’œuvre de l’ingénieur Perronnet. Achevée en 1786, elle facilite la traversée de la ville pour ceux qui emprunte la route royale de Paris à Strasbourg. Ce pont enjambera le fleuve jusqu’au mois de juillet 1918, les combats se déroulant alors à proximité ayant raison de l’édifice. Relevé en 1925, il est de nouveau détruit au printemps 1940.

Alors que les armées allemandes sont à l’offensive sur le territoire français, une compagnie de dix chars d’instruction de l’Ecole de Versailles est chargée de défendre les positions le long de la Marne à Château-Thierry. Du 25 mai au 9 juin, celle-ci essuie les bombardements de l’aviation ennemie, tout en protégeant le retrait des troupes françaises, l’exode des civils fuyant les combats. Au matin du 10 juin, alors qu’une colonne de camions allemands est en vue sur la rive nord du fleuve, l’aspirant Rougé se porte volontaire pour demeurer sur place. Le pont est bientôt détruit afin de stopper l’avancée allemande, mais, suite à de violents échanges de tirs, le jeune homme décède dans la journée des suites de ses blessures.

L’ouvrage d’art actuel qui permet de nouveau le passage du fleuve est baptisé du nom du jeune soldat mort pour la France. Ce pont, inauguré le 25 juin 1950 et réalisé en béton armé, a une portée unique de 74 mètres. En 1952, l’artiste Denis Gélin (1896-1979) réalise pour la ville de Château-Thierry deux sculptures en pierre blanche, Les Naïades, des divinités fluviales, installées de part et d’autres du pont de « Aspirant de Rougé », sur la rive droite de la Marne. L’année précédente, le 20 novembre 1951, Charles-Armand Rougé est enterré non loin de là, à la Nécropole Nationale des Chesneaux (tombe individuelle 1378).

Marc Nadaux