CANOPE academie d'Amiens

Oulches-la-Vallée-Foulon – 02 – Constellation de la Douleur, Chemin des Dames, 1914-1918

 
Oulches la vallée Foulon-02- Constellation de la douleur
 
Oulches la vallée Foulon-02- Constellation de la douleur

Le 16 avril 1917 au petit matin, 15.000 tirailleurs sénégalais s’élancent à l’assaut du plateau du Chemin des Dames, dans l’Aisne, entre Soissons et Laon. Ce jour là, 1.400 d’entre eux meurent dans ces combats pour la conquête des pentes d’Ailles, de la ferme d’Hurtebise et du mont des Singes. Ces soldats venus de loin pour combattre sur le sol français sont fauchés par les mitrailleuses allemandes, encore opérationnelles après des jours d’intenses bombardements.

En effet, les pertes humaines énormes que connaît l’armée française depuis 1914 rendent indispensables l’aide des colonies, de l’Empire. Ces nouveaux combattants sont originaires de l’ensemble des colonies d’Afrique occidentale : Sénégal, Côte-d’Ivoire, Bénin, Guinée, Mali, Burkina-Faso, Niger et Mauritanie.… Ainsi 164.000 d’entre-eux sont recrutés dans les années 1915-1916, sans ménagements, et même parfois avec une grande violence. Dans l’actuel Burkina-Faso, c’est au prix de dizaines de villages incendiées que les hommes partent pour l’Europe et sa guerre des tranchées.

En 1917 enfin, 20 bataillons sont placés sous le commandement du général Mangin, l’officier général qui publiait déjà en 1910 un ouvrage au titre retentissant, La Force noire. Celui-ci croyait dans les vertus guerrières des Africains, ces qualités permettant de constituer des unités d’une « incomparable puissance de choc ». Malgré une préparation militaire effectuée dans le Midi de la France, éprouvante déjà, plus d’un millier de ces soldats coloniaux sont évacués avant le commencement de l’offensive de printemps. La dureté du climat en ce début d’année décime leurs rangs.

En première ligne et sur les deux ailes de la VIème armée, ces « tirailleurs sénégalais » ne sont pas épargnés lors de ces combats, très meurtriers, qui dureront jusqu’à la fin de l’été. A tel point que le député Diagne des « Quatre communes du Sénégal » interpelle ces collègues à la Chambre des députés à ce sujet. Le général Mangin est cependant relevé de son commandement dès le 29 avril, par son supérieur hiérarchique, le général Nivelle, avant que celui-ci ne soit lui-même limogé, peu de temps après.

Au total, 29.000 de ces soldats coloniaux et africains sont morts au cours de la première Guerre mondiale, soit un homme mobilisé sur cinq. Et, si ces taux de pertes correspondent à ceux des troupes métropolitaines également engagées dans les combats de la Grande Guerre, la « force noire » méritait bien un hommage spécifique de la nation. Peu d’entre eux en effet seront médaillés. Mais, le 13 juillet 1924, à Reims, un monument « Aux héros de l’Armée noire » est inauguré. Le même groupe en bronze sculpté par Paul Moreau-Vauthier est également élevé à Bamako, au Mali.

Sur le Chemin des Dames, il faudra attendre le 22 septembre 2007 pour que soit inauguré la « Constellation de la douleur », une œuvre sculpturale due à Christian Lapie, sur l’initiative du Conseil général de l’Aisne. Ces neuf sculptures, depuis sont implantées sur une parcelle appartenant au Département, à proximité de la Caverne du Dragon, sur les lieux même où ces tirailleurs africains sont tombés par centaines en 1917. Selon l’artiste, « ces figures sans bras ni visage, monumentales et puissantes, interrogent et déstabilisent », le passant.

Marc Nadaux