CANOPE academie d'Amiens

Saint-Quentin – 02 – Gare, buffet (IDF/IDP)

 
Saint-Quentin-02-Le buffet de la gare (IDF/IDP)
 
Saint-Quentin-02-Le buffet de la gare (IDF/IDP)

Détruite à plus de 80 % lors de la Première Guerre mondiale, la ville de Saint-Quentin est reconstruite suivant les dernières orientations architecturales et urbanistiques, devenant ainsi un champ d’expérimentation sans précédent.
Il fallut en outre rebâtir du neuf sur les ruines en employant des matériaux nouveaux et modernes, tels l’acier tubulaire, le ciment armé, le verre dépoli, la céramique et la mosaïque. Les programmes iconographiques s’emploient à illustrer la vitesse, les transports modernes, le monde des voyages et le luxe de vivre. Le buffet de la gare en est une illustration parfaite par la luxuriance et la richesse de son décor qui en font peut-être le chef-d’oeuvre de l’Art déco à Saint-Quentin.
Le buffet fut décoré en 1926 par Labouret qui mit en place toute une série de panneaux de revêtement muraux en mosaïque grise et or à ornementation végétale et géométrique. À ces mosaïques répond la série de verrières en verre américain transparent et dépoli qui reprennent ces mêmes formes géométriques évoquant des jets d’eau. Le bar imposant, aux angles arrondis, est en marbre vert, les glaces sont cernées de cuivre. Le sol est pourvu d’un revêtement de céramique à décor géométrique et étoilé, l’ensemble des luminaires en écaille de nacre évoque l’Extrême-Orient, les grands coquillages des îles lointaines ou encore les carapaces de tortue.
Le buffet, à l’instar de la notion même de la gare, lieu de passage par excellence, devient alors un lieu d’utopie architecturale et décorative, d’invitation au rêve et au voyage. Par là même, antichambre du départ et du voyage, le buffet de la gare de Saint-Quentin, au-delà de ses qualités plastiques et architecturales en tout point exceptionnelles, nous renvoie l’image du luxe et de la volupté des Années Folles qui firent du voyage et de la gare un temps fort de sa symbolique et de son imaginaire.
Xavier-Philippe Guiochon.