L’artisanat de tranchée


L’artisanat de tranchée constitue une activité spécifique de la Première Guerre mondiale. Il apparaît avec la guerre de position dans les abris de tranchées mais aussi à l’arrière pendant les temps de repos. Il est le produit du travail des soldats en activité, des blessés et aussi de prisonniers de guerre.
En effet, malgré sa référence à la tranchée, lieu emblématique et mythique de la Grande Guerre, cet artisanat se développe simultanément à l’arrière du front où sont façonnés des objets plus importants et élaborés. La tranchée reste le lieu où le soldat fabrique de petits objets souvent utilitaires pour améliorer le quotidien. Les matériaux les plus divers sont utilisés et détournés de leurs fonctions initiales : laiton et cuivre des douilles, fragments d’armes, bois, os, craie…
orbet d'artisanat

À l’arrière ces matériaux et notamment les métaux (douilles d’obus) peuvent être travaillés et mis en œuvre. Les objets sont sciés et soudés, les alliages sont fondus et transformés. Dans les zones de repos mais aussi dans les tranchées, c’est bien sûr le laiton (mélange de zinc et de cuivre) qui est le plus utilisé. Il est modelable sous l’action du martelage, il s’aplatit, s’étend et peut facilement être mis en forme. Constituée essentiellement de laiton, la douille est une matière première inépuisable. Par exemple, celle de 75 mm est la plus souvent détournée pour devenir un vase décoré de gravures ou de reliefs obtenus par martelage. Ces récipients ont souvent un style très «  kitsch » en raison de la surenchère décorative et formelle, les autres calibres servent à la création de nouveaux objets militaires ou décoratifs. Ainsi sont fabriqués de très nombreux briquets, porte-crayons, écritoires, coupe-papier, porte-bougies, bagues et autres bijoux…
Le bois fut aussi un matériau de prédilection pour les soldats. Facile à trouver, demandant peu ou pas d’outillage spécifique il permit la création de nombreux objets comme des tabatières, boîtes à bijoux, bas reliefs décoratifs, cannes aux pommeaux sculptés et aux formes variées, mandoline allemandeinstruments de musique, des plus simples au plus complexes : flûtes, xylophones, tambours, guitares, violons, violoncelles, etc. Certains violons sont des objets composites associant le fer et le bois (ex : instrument à cordes allemand réalisé avec un casque Adrian).


Dans un texte consacré aux objets de guerre (Encyclopédie de la Grande Guerre), J. Saunders souligne que parallèlement à l’artisanat de tranchée s’est développée, de 1914 à 1939 la fabrication d’objets par des civils qui utilisèrent les mêmes matériaux détournés donnant naissance à des objets de formes similaires. Saunders précise qu’ils étaient destinés au troc et surtout à la vente. Dès 1919, ils faisaient partie de ces objets souvenirs que les familles pouvaient acquérir lors de leurs pèlerinages sur les lieux de bataille.