Conscients de participer à un événement exceptionnel de l’histoire collective, de nombreux soldats prennent l’habitude de tenir un journal de bord dans lequel ils consignent les itinéraires empruntés, les faits marquants comme ceux de la vie quotidienne menée au front. Ils sont parfois accompagnés de commentaires et de réflexions plus ou moins importantes selon les circonstances et la personnalité de l’auteur. La fonction souvenir de l’objet est essentielle à plusieurs titres : il sert de trace de soi laissée aux proches en cas de décès ; de compte-rendu que l’on conservera pour plus tard afin de se remémorer l’expérience vécue, la faire partager en famille et entre camarades, la transmettre à ses héritiers. Pour certains, après-guerre, le support servira de base à la rédaction de récits de guerre dont l’écriture recouvre des intentions et prend des formes très variables (publication par une maison d’édition, articles de presse, journaux d’associations d’anciens combattants, etc.)
Premier carnet de route tenu par Laurent Pensa,
musicien-brancardier au 31e régiment d’infanterie

Deuxième carnet de Laurent Pensa en 1915 avec l’indication de l’adresse de ses parents, précaution importante en cas de décès de l’auteur.

Quatrième carnet de route (1917). Récapitulatif des photographies réalisées par les camarades de Laurent Pensa depuis 1915 et qui ont été expédiées à ses parents.
Dans les cinq carnets où Laurent Pensa rapporte ses années passées sous les drapeaux de 1914 à 1918, la photographie pratiquée en amateur à partir de 1915 avec quelques camarades musiciens tient une place essentielle dans l’organisation du souvenir. Les clichés pris par ses camarades sont inventoriés par ordre chronologique (titres et auteurs) et la liste reproduite sous forme de récapitulatif année par année. Par contre la collection personnelle des photographies prises par Pensa qui trouvera sa place dans trois albums souvenirs ne fait pas l’objet d’un inventaire passant par le carnet de route.