L’enrôlement sous l’uniforme entraîne dans son principe une certaine uniformisation de la vie combattante. Pourtant de nombreux objets attestent de l’extrême diversité de l’équipement qui accompagne le soldat de la Grande Guerre, phénomène qu’il faut relier à la séparation durable de ce dernier de son milieu d’origine. Les objets les plus courants relèvent pour la plupart des nécessités de s’adapter à de nouvelles conditions de vie quand l’organisation militaire se révèle défaillante ainsi que du besoin de recréer du lien social et affectif dans un environnement par définition fruste et hostile.
L’équipement s’enrichit de biens divers susceptibles d’améliorer l’ordinaire : vêtements et accessoires récupérés dans les lieux abandonnés du front ou pris à l’ennemi, achats effectués dans les magasins militaires ou dans les communes traversées. Cette panoplie bénéficie surtout des envois effectués par la famille et les proches (colis de nourriture, effets personnels, lettres, etc.), produits d’échange qui contiennent une part notable de valeur affective en faisant de la guerre une expérience partagée où l’écrit, la photo, le colis résorbent l’espace qui sépare le soldat des siens restés à l’arrière. Parfois, ils témoignent des nouvelles sociabilités qui se créent au front au sein du groupe combattant ou des liens qui se nouent avec les civils lors de séjours réguliers dans les zones de cantonnement.
Certains de ces objets personnels sont fournis par l’armée comme le livret militaire et la plaque d’identité. Si leur emploi est avant tout d’ordre administratif, l’importance personnelle que peut leur accorder le soldat n’est pas moindre en tant que forme de reconnaissance des états de service effectués ou du sort que peuvent lui réserver les armes. Ainsi la plaque d’identité participe des efforts entrepris pour « humaniser » le champ de bataille. Conçue à l’origine pour faciliter la reconnaissance ultérieure du soldat mort au combat, elle permet d’assurer l’état-civil du défunt et les droits de sa famille (succession, pension, deuil).
Certains objets revêtent une valeur toute particulière. En certaines occasions, ils permettent à son détenteur de se singulariser, de se rappeler d’un fait marquant ou encore d’exorciser les chocs émotionnels ressentis : objets de distraction pour tuer l’ennui et effectuer le nécessaire retour sur soi (journaux, livres, instruments de musique, etc.), objets cultuels ou de superstition pour obtenir protection ou consolation, objets souvenirs pour garder une trace de l’expérience vécue.