Ma chère petite Yeyette
J’ai été bien peiné en lisant ta lettre m’informant que tu as souffert. Tu as eu tort de ne pas me le dire plus tôt. J’espère que ce bandage te protège bien et qu’il peut te dispenser d’une opération tout au moins pour le moment.
Nous sommes toujours au repos mais alertés. Je crois quand même que nous y resterons encore quelques jours. Nous retournerons encore une fois à Bouchavesnes, après quoi je pense que nous retournerons au grand repos. Voici la saison qui s’avance à cause de quoi je crois que le plus dur est fait pour cette affaire. J’ai été décoré cet après-midi par le général Valdant de la croix de guerre à l’ordre de la division. Nous sommes douze dans le régiment à cet ordre. Naturellement ce soir : arrosage.
Cette récompense me fait bien plaisir mais combien je préférerais la fin de cette guerre, afin que nous reprenions notre vie tranquille avec notre petit Max et Yvonne.
Tu me diras si tu as reçu les colis pour Mme Baille. Tu la prieras de bien vouloir regarder dans le paquet comprenant son rasoir si le mien ne s’y trouverait pas. Je ne le retrouve plus. Je l’avais mis avec le sien dans une pochette avant de monter à l’attaque et remis le paquet aux constats. Je ne me rappelle plus si je l’ai retiré.
Je n’ai plus à lui qu’un couteau que je conserverai comme souvenir avec l’autorisation de Mme Baille. Je pense que Mme Perrin aura reçu une autre lettre d’Hollainder le sous-lieutenant qui lui avait écrit. J’ai envoyé un paquet chez nous parce qu’il est défendu d’envoyer aux parents directement les affaires de ceux qui sont tombés. J’ai reçu hier une lettre de son beau-frère qui me dit que sa belle-sœur ne se console pas facilement. Je le conçois. Lui même est beaucoup affecté.
Nous avons reçu des nouvelles de Marion qui n’est pas en danger de mort. A part cela je mange et bois bien en ce moment et commence à me refaire. Rien d’autre à t’apprendre si ce n’est que j’ai beaucoup de peine de te savoir souffrir. Surtout ne te fatigue pas trop maintenant.
Bonnes grosses bises à mon petit Anglais. J’ai invité hier un soldat Anglais à manger avec nous. Il connaissait le français autant que je possède l’anglais, c’est à dire très peu. On a rigolé tout de même. Embrasse bien Yvonne sur ses grosses joues et reçois pour te guérir tous mes meilleurs baisers placés où tu aimes le mieux.
Ton Lulu
P.S. Merci pour les petites cigarettes anglaises (Tank you for the little english cigarettes)