Repères
Quelques exemples 
Séisme de Lisbonne, 1er novembre 1755

Le jour de la Toussaint 1755, à 9 h 20, trois secousses sismiques détruisent la ville de Lisbonne en quelques minutes. Vingt minutes après, un raz-de-marée balaie la côte, il est suivi d’un incendie des zones non inondées.
Plus de deux siècles après, en 1960, le sismologue américain Charles Richter a situé l’épicentre du séisme en mer, à 100 kilomètres de la ville. Il a évalué la magnitude à 8,7 et a estimé à 60 000, le nombre de victimes.
Les effets du séisme
Voir
Repères. Colères de la Terre. Effets, mesures.
Poème de Voltaire : Le Désastre de Lisbonne ou examen de cet axiome : « Tout va bien. »

Les causes du séisme
Au sud-ouest du Portugal, la plaque africaine et la plaque eurasiatique s’affrontent le long d’une grande faille transformante (coulissage) : c’est la ligne Açores-Gibraltar.
Deux hypothèses sont avancées quant à l’origine de ce séisme. Dans cette zone, la plaque africaine remonte vers le nord-ouest et entre en collision avec la plaque eurasiatique. On constate qu’à l’est de Gibraltar, la lithosphère est mince, et le triangle formé par la cordillère bétique du sud de l’Espagne et les montagnes du Rif du Maroc se soulèvent, depuis vingt millions d’années.
Selon la première hypothèse, lors du contact des deux grandes plaques, une partie de la lithosphère se serait détachée et enfoncée dans le manteau. Le volume libéré serait occupé par du magma dont la densité, moindre que celle de la lithosphère explique la montée de la cordillère bétique et du Rif. Cette faille a joué, au niveau du banc de Goringe, lors du séisme de 1755.
Seconde hypothèse, selon Marc-André Gutscher (Institut européen de la Mer, Brest), il y a un mécanisme de subduction dans cette zone.
Phénomène de subduction.
© Pour la Science, n° 326, p. 24.
Plaques africaine et eurasiatique.
© Pour la Science, n° 326, p. 24.
La plaque océanique africaine s’enfonce localement de l’ouest vers l’est sous la partie continentale de Gibraltar. Il se crée dans la zone de subduction un effet d’aspiration tel que le plancher océanique (chevauchant) recule vers l’ouest. Le panneau océanique africain entraîne une partie de la lithosphère eurasiatique (amincissement de la plaque en mer ouest d’Alboran).
Cette subduction est active, ce qui est attesté par les volcans de boue du golfe de Cadix (déshydratation des sédiments sous l’effet de leur compaction) et par les images de tomographie sismique montrant une subduction locale de l’ouest vers l’est. Cette subduction a pu être responsable du séisme de 1755. Comme il n’y a pas eu d’autres séismes depuis, l’énergie s’accumule dans ce jeu de failles, les deux plaques ne bougeant pas. La datation des dépôts de turbidité montre que la récurrence sismique serait de 1 000 à 2 000 ans.

Prévention
Connaissant l’aléa sismique et les enjeux, la ville de Lisbonne cherche à développer une gestion des secours aux sinistrés dans l’éventualité d’un séisme équivalent à celui de 1755.
Le régiment des sapeurs pompiers possède un simulateur, appelé « Riscos urbanos », permettant aux cadres de s’entraîner, en réseau, à gérer la situation de risque imposée par le formateur (magnitude du séisme, hypocentre, distance épicentrale) ainsi qu’à coordonner les différents intervenants.
La modélisation permet de faire varier tous les paramètres à la fois et apprend aux cadres dirigeants à réagir vite et correctement lors de séismes (virtuels).
Les paramètres pris en compte sont nombreux, aussi la ville de Lisbonne est-elle virtuellement quadrillée.
Pour chaque case, on tient compte :
– de la nature du sous-sol, de l’emplacement et de la hauteur des bâtiments (effet de site) ;
– de la distance des habitations par rapport à l’épicentre. (L’étude des conséquences d’un grand nombre de séismes a révélé que les maisons à un ou deux étages sont détruites à une distance épicentrale faible. À cinquante kilomètres, ce sont les immeubles de quatre à six étages. À cent kilomètres, ce sont les immeubles plus hauts.)
– des mouvements de la population en fonction de la tranche horaire ;
– de l’état de l’habitat ;
– de la présence éventuelle de boutiques au rez-de-chaussée ;
– de la technique de construction (conforme ou non aux règles parasismiques imposées par l’État) des bâtiments.
Le fonctionnement des casernes de pompiers (hommes et matériel disponibles) fait également partie des paramètres.