Repères
Quelques exemples 
Séisme de Kobe (Japon), 17 janvier 1995

Le 17 janvier 1995, à 5 h 46, un séisme de magnitude 7,2 secoue toute la région de Kobe, le deuxième port du Japon, situé sur l’île de Honshu.
Ce séisme a duré vingt secondes et a été suivi par une quinzaine de répliques. La rupture des canalisations de gaz a été à l’origine de centaines d’incendies, surtout dans les quartiers où les rues étroites sont bordées d’ateliers et de boutiques.
Le Kobe Fire Department, normalement performant, a été impuissant : il manquait de matériel et les ruptures des canalisations ne lui ont pas permis de disposer d’eau en quantité suffisante pour éteindre les incendies.
Ce séisme a provoqué 5 375 morts, de nombreux disparus, 40 000 blessés et a endommagé 80 000 bâtiments. Il a fallu reloger 300 000 sans-abri.
En 1994, le port de Kobe assurait trente pour cent du trafic. Toutes les installations portuaires ont été détruites, notamment celles bâties sur des îles au substratum meuble. Ce sous-sol meuble est à l’origine d’un phénomène de « liquéfaction » amplifiant les secousses sismiques. Le substrat meuble se comporte comme un liquide et l’eau mise sous pression a jailli à la surface en plusieurs endroits de Kobe comme des geysers, à deux mètres de haut.
L’autoroute aérienne a été couchée, les rails ont été tordus, les lignes souterraines détruites, les différentes industries (Toyota, aciéries) ont dû arrêter leurs productions. Le sanctuaire shintoïste Ikuba, dédié à la divinité protégeant Kobe, a été détruit.
Au total, le montant des pertes (destructions et blocage de l’activité économique) a été estimé à 100 milliards de dollars, soit cinq pour cent du produit intérieur brut japonais. Les dégâts humains et matériels ont été très importants.
L’impuissance à prévenir ce séisme a révélé de grosses difficultés d’organisation dans un pays réputé capable de répondre aux situations d’urgence.
Les causes du séisme
La région de Kobe, moins sismique que celle de Tokyo, n’était pas considérée comme dangereuse avant 1995, bien qu’un séisme de magnitude 7 ait eu lieu en 1596 et un autre de magnitude 6,1, en 1916. La récurrence sismique dans cette région a été évaluée à plusieurs siècles, si ce n’est un millénaire.
Les séismes japonais ont comme origine des phénomènes de subduction de plaques océaniques sous les plaques continentales (quatre plaques au niveau du Japon). Pour Kobe, c’est la subduction de la plaque océanique des Philippines sous la plaque continentale eurasiatique qui entre en jeu. L’enfoncement de la plaque océanique est de trois à quatre centimètres par an, avec un angle assez faible (la plaque pacifique plonge de neuf à dix centimètres par an avec un angle fort sous la plaque nord-américaine).

Schéma 1. Les plaques tectoniques du Japon.
© EQE International, 1995, DR.
Schéma 2. L’intensité du séisme de Kobe.
© EQE International, 1995, DR.

L’intensité du séisme de Kobe n’est pas uniforme. Elle dépend notamment de la nature du substratum rocheux affecté, des types de construction et du respect ou non des normes antisismiques.
Prévention
Lors de ce séisme, les Japonais, qui se croyaient bien avertis des risques naturels, ont eu beaucoup de mal à gérer la crise. Cinq heures ont été nécessaires avant qu’une cellule de crise ne soit installée au niveau gouvernemental.
La collecte des informations s’est très mal déroulée et l’étendue de la catastrophe n’a pas été évaluée de façon correcte, ce qui a retardé la demande de coopération des régions voisines.
Les forces spéciales ne sont intervenues que soixante-douze heures après la catastrophe.
Les règles du code de la construction de 1980 n’avaient pas été correctement respectées et certains bâtiments, pourtant construits d’après ce code, n’ont pas résisté.
Le séisme de 1995 a obligé les Japonais à repenser le mode de prévention utilisé. Dans le domaine de la reconstruction de la ville et du port, un plan Phoenix a été mis en place afin de constituer des coupe-feu et d’aérer le centre-ville afin de faciliter l’accès des secours en cas de sinistres. La réglementation des constructions parasismiques a été renforcée et la ville a été reconstruite en tenant compte de la mise en place de voies d’accès, de larges avenues bordées de végétation jouent le rôle de coupures anti-risques, des zones boisées entourent la ville et serviront de refuge pour les habitants en cas de sinistres.
Le risque sismique est connu de la population de cette région, mais peu de personnes sont préparées à réagir vite en cas de séisme.
Le 1er septembre est depuis 1960, la journée officielle de prévention des catastrophes ; il correspond à la date anniversaire du séisme de Tokyo en 1923. Les lieux désignés comme abris en cas de catastrophe sont inspectés et les stocks de première nécessité sont renouvelés à cette occasion. Ce jour-là, des camions parcourent les quartiers, ils portent comme enseigne le poisson-chat Namazu, traditionnellement tenu pour responsable des secousses de la Terre. Des plates-formes animées de mouvements horizontaux et verticaux (comme ceux du sol en cas de séisme). Chacun est invité à venir ressentir ce qui se passe et les formateurs apprennent des gestes simples de protection à la population.
Il existerait un endroit au Japon qui resterait immobile quand tout tremble, on l’appelle Le manche de l’éventail. Mais personne ne s’accorde sur la localisation de cette zone !