Repères
Quelques exemples 
Séismes en Arménie

Le 7 décembre 1988 s’est produit un séisme de forte magnitude à Spitak en Arménie, qui a fait surgir un escarpement de faille d’au moins 1,20 mètre. Cet escarpement traverse des formations volcaniques consolidées du tertiaire. Cette faille s’étend sur 400 kilomètres, de la région de Spitak, au nord-ouest, jusqu’en Iran, au sud-est. C’est une faille active décrochante dextre.
Géologues et archéologues collaborent
Au sud-est du lac Sevan, les géologues ont creusé une tranchée perpendiculaire à la faille et ont découvert une ville antique, inconnue à ce jour, avec fortifications, habitations et nécropoles. Les archéologues ont montré que cette cité avait été occupée jusqu’au Ier millénaire avant J.-C. (poterie de l’âge du bronze). En suivant cette faille, les scientifiques ont mis au jour un mur mégalithique décalé horizontalement de deux mètres. Donc il y a eu un séisme après la construction de ce mur. Comment le dater ?
Plus au sud avait été découvert, au début du siècle dernier, un texte en écriture cunéiforme, sur une paroi rocheuse : c’est le manuscrit de Khorkhor du roi Arghishti Ier du royaume d’Ourartou (du IXe au IVe siècle avant J.-C.). Ce texte a été gravé entre 742 et 739 avant J.-C. ; il décrit une campagne militaire au cours de laquelle ce roi assiège la cité de Behoura, au pied des montagnes de Bamni. L’emplacement de cette ville était inconnu des archéologues.
Le texte indique que le roi a pu facilement prendre Behoura : « Quand j’ai encerclé la ville de Behoura une nouvelle fois, les montagnes de Bamni étaient dévastées, la fumée recouvrait la ville et atteignait le soleil. Au moment où les montagnes de Bamni étaient dévastées, j’ai pris la ville de Behoura. »
De même, le fils d’Arghishti, Sardouri II, relate : « Le peuple craignant mes armes s’échappa et partit dans les montagnes d’Ushkiani et de Bamni, j’en ai encerclé une partie que j’ai tuée, les autres qui se sont échappés, ont été brûlés par le dieu Taisheba (dieu tellurique). »
La ville découverte est donc Behoura. Cette région a subi, pendant son siège, un séisme daté entre 782 et 773 avant J.-C.

Techniques d’étude en paléosismicité
Quand, lors d’un séisme, se crée un escarpement de faille, celui-ci est soumis à l’érosion dès sa formation. Il y a d’abord éboulement, au pied de l’escarpement, de blocs issus du compartiment surélevé, puis des dépôts plus fins issus du ruissellement recouvrent les blocs, enfin, quand le climat le permet, un sol se forme. L’escarpement est nivelé.
Les blocs et sédiments fins constituent « un coin colluvial » ; celui-ci correspond aux conséquences d’un séisme. Dans le cas de cette faille, deux coins colluviaux ont été mis au jour.
© Pour la Science, juillet 1999, n° 261, p. 39

Dans une région de failles actives, les études de paléosismicité permettent d’évaluer la récurrence sismique et participent donc à la possibilité de « prévoir » un nouveau séisme.