Les séismes
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Les cataclysmes ont été exploités surtout par les musiciens baroques dans les œuvres dramatiques vocales, en particulier dans l’opéra (qui est lié à ses débuts à la mythologie et à l’histoire antique) et dans l’oratorio, la cantate, la passion sur des sujets religieux inspirés de la Bible (genres apparus aussi à l’époque baroque).
Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Indes Galantes
Opéra-ballet en un prologue et quatre actes, représenté pour la première fois à Paris, le 23 août 1735.
« Les symphonies “ descriptives ” qui accompagnent dans l’opéra baroque et classique, les cataclysmes, tempêtes, apparitions et ravages de monstres, doivent être comprises de cette façon : le déploiement de moyens musicaux inhabituels. Par exemple, l’emploi par Rameau, d’enchaînements audacieux pour le tremblement de terre des Indes galantes, a sans doute pour objet de peindre le phénomène et la situation, d’exprimer l’effroi ressenti par les personnages en présence de ce phénomène et de provoquer un état chez le spectateur qui soit l’imitation de cet effroi. » (D’après Pierre Saby, « Imitation », dans Vocabulaire de l’Opéra, Minerve, 1999.)

Les Indes galantes : Tremblement de terre (extrait du chœur)
Dans les abîmes de la terre,
Les vents se déclarent la guerre.
L’air s’obscurcit, le tremblement redouble,
Le volcan s’allume et jette par tourbillons du feu et de la fumée.
CHŒUR
Les rochers embrasés s’élancent dans les airs,
Et portent jusqu’aux cieux les flammes des enfers.
L’épouvante saisit les Péruviens, l’assemblée se disperse.
Huascar arrête Phani. Le tremblement de terre semble s’apaiser.
Joseph Franz Haydn (Autriche, 1732-1809) : Les sept dernières paroles du Christ en croix
Durant l’hiver 1786-1787, un chanoine de la cathédrale de Cadix passa à Haydn la commande d’une composition symphonique destinée à orner la liturgie du vendredi saint. Conformément aux exigences de la liturgie, l’œuvre revêt une structure à la fois originale et contraignante ; elle consiste en neuf mouvements distincts : une introduction pour ouvrir la cérémonie, sept commentaires musicaux qui doivent faire suite aux sept sermons de l’évêque, puis un tremblement de terre conclusif noté Presto en con tutta la forza, figurant la fin de la passion du Christ.

Les neuf mouvements
Introduction dramatique pour ouvrir la cérémonie
Première parole : Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.
Deuxième parole : Aujourd’hui, tu seras avec moi au Paradis.
Troisième parole : Femme, voici ton fils, et toi, voici ta mère.
Quatrième parole : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Cinquième parole : J’ai soif.
Sixième parole : Tout est consommé.
Septième parole : Père, je remets mon esprit entre tes mains.
Conclusion : Terremoto (tremblement de terre)

« Chacune des sonates, chacun des textes plutôt, est rendu par une musique uniquement instrumentale, de telle sorte que même dans l’âme de ceux qui savent très peu de choses, elles suscitent l’impression la plus profonde. »
(Haydn, lettre à l’éditeur W. Forster, 8 avril 1787.)

La version originale pour orchestre fut donnée le vendredi 6 avril 1787. D’autres versions suivirent : une version pour quatuor à cordes de Haydn, une pour piano qu’il approuva. Il réalisa également, en 1795, une version pour solistes, chœur et orchestre.
Dans le livret accompagnant le CD Teldec-Harnoncourt, p.16, Hartmunt Krones écrit : « Un tremblement de terre aux échos presque réalistes marque l’heure de la mort du Sauveur et la fait se dérouler, une fois encore, sous nos yeux grâce à des chromatismes très expressifs et empreints de douleur ainsi que de violentes explosions de l’orchestre. L’œuvre s’achève sur des timbres hardis et des accents très vifs ».

Il terremoto
Choeur « Er ist nicht mehr »
« Il n’est plus.
Des profondeurs de la terre retentit : Il n’est plus.
Tremble, Golgotha, tremble !
C’est sur tes hauteurs qu’il mourut.
O soleil, envole-toi
Et laisse ce jour dans les ténèbres !
Ouvre-toi, terre sous les pieds des assassins.
Et vous, tombeaux, ouvrez-vous,
Vous, nos pères, apparaissez à la lumière !
Le sol qui vous recouvre
Est tout entier entaché de sang. »
François Bayle (1932) : Tremblement de terre très doux (Èrosphère) 1composé en 1978
Compositeur français contemporain de musique électroacoustique, François Bayle rejoint en 1960 le Groupe de recherches musicales (GRM) et Pierre Schaeffer, Olivier Messiaen, Karlheinz Stockhausen. Il est à l’origine du courant international des musiques acousmatiques, de la conception de l’acousmonium en 1974 et de la fondation de l’Acousmathèque (1991).
De nombreux prix lui ont été décernés dont le grand prix Charles-Cros 1999 pour Jeîta et l’ensemble des treize volumes du cycle Bayle. Depuis 1997, il se consacre complètement à l’écriture et à la composition dans son studio 2.
François Bayle donne des séismes une idée de douce agitation, d’une délicieuse catastrophe qui peut ouvrir le monde de nos perceptions auditives à des données plus universelles et plus profondes que la musique traditionnelle, répondant mieux aux archétypes biologiques, racines de la pensée humaine.
Claire Ducrocq,
professeur d’éducation musicale.


1  Références du disque : INA C 3002, François Bayle, INA-GRM, 1990.
2  Studio Magison (http://www.magison.org/).



© CNDP - CRDP de l’académie d’Amiens – « Thém@doc » – Les séismes, 2006.
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