CANOPE academie d'Amiens

Allonville – 80 – La Nuit du 4 décembre 1851, statue d’Athanase Fossé

 
allonville1
 
allonville1

Allonville, la place du village. Le promeneur peut bien s’interroger sur la présence en ces lieux d’une sculpture évoquant Victor Hugo et un de ses textes dénonçant le coup d’Etat bonapartiste du commencement du mois de décembre 1851. Le département de la Somme dans son entier n’étant pas connu pour avoir été parcouru par les colonnes républicaines, ni la petite commune d’Allonville, située à quelques kilomètres au nord-est d’Amiens et qui abrite cette œuvre, réputée comme un foyer de l’agitation contre le prince-président.

Si l’œuvre est visible là, plantée au centre de l’agglomération de ses habitations, devant l‘église, c’est que l’artiste qui en est l’auteur, Athanase Fossé, y est né le 7 janvier de cette même année 1851. Plus tard, alors que le Second Empire se libéralise, le jeune homme fréquente l’école des Beaux-Arts d’Amiens. Enfin, devenu un artiste réputé sur le marché parisien, il réalisera pour la municipalité le fronton de la mairie de la capitale picarde, deux élégantes cariatides qui encadrent l‘horloge du bâtiment notamment.

Plus récemment, en remerciement pour le don de quelques objets archéologiques trouvés dans le sol de la commune d’Allonville en 1971 et offert au Musée de Picardie, la ville d’Amiens offre à ses habitants cette sculpture, baptisée « La nuit du 4 décembre 1851 », œuvre de l’artiste local. Nul doute que ce fils de modestes commerçants, qui réalisera d’autres ensembles d’inspiration républicaine, a trouvé dans cette année qui l’a vu naître et ces évènements dramatiques une source d’inspiration en rapport avec ses convictions politiques.

« L’enfant avait reçu deux balles dans la tête…
Une vieille grand-mère était là qui pleurait…
L’aïeule regarda déshabiller l’enfant …
Et quand ce fut fini, le prit sur ses genoux ».

Ce sont ces vers, venus du poème Souvenir de la nuit du quatre, lui-même extrait du recueil Les Châtiments, qui ont inspiré le sculpteur. Avec ce pamphlet, publié le 21 novembre 1853, Victor Hugo dénonce une fois de plus le coup d’Etat du 2 décembre 1851 qui a mené Napoléon III au pouvoir. Alors que le député Baudin meurt sur une barricade, avec quelques autres élus républicains, l’écrivain tentera bien de former un comité de résistance, de soulever le peuple des faubourgs de la capitale, après avoir lancé un appel à l’armée. En vain. Placé le 9 janvier 1852 sur la liste des proscrits et désormais interdit de séjour en France, il s’est réfugié à Bruxelles depuis le 11 décembre précédent. Ayant refusé l‘amnistie offerte par l’Empereur avec le décret du 16 août 1859, il ne rentrera en France qu’après vingt années d’exil. Avec ce texte, le poète utilise cette fois-ci le registre de l‘émotion. Il fait la description d’une scène tragique pour dénoncer ce qui à ses yeux est aussi un crime politique.

Marc Nadaux