CANOPE academie d'Amiens

Château-Thierry – 02 – Marne

 
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La ville de Château-Thierry, au sud du département de l’Aisne, est née de deux éléments naturels, de leur rencontre sur ce site : la présence du fleuve Marne et de sa vallée élargie, l’éperon rocheux qui le domine et bordure le plateau du Tardenois. Celui-ci est très tôt fortifié, dès le haut Moyen-Age. Et sa mise en défense donne d’ailleurs son nom à l’agglomération. Ce château permettait à ses seigneurs de contrôler l’accès et le trafic des anciennes voies romaines venues de Sens et Troyes au sud et se dirigeant vers Soissons au nord. Au cours des siècles suivant cependant, c’est davantage la voie d’eau qui assure le développement de la cité des comtes de Champagne. Ses habitants et ceux de ses environs contribuent en effet à approvisionner la capitale parisienne en produits agricoles (bois, céréales et vins), par acheminement sur le fleuve.

A l’origine, le franchissement de la Marne sur le site de la ville de Château-Thierry se faisait à gué, à quelques centaines de mètres à l’aval du pont actuel. La rivière à cet endroit y était plus large, mais moins profonde qu’aujourd’hui. Son cours a subi depuis d’importants aménagements, à la fin du XVIIIème siècle, vers 1760 notamment. Un canal, la Fausse Marne, est ainsi creusé afin d’assainir les faubourgs de la ville qui se sont développés rive gauche, ce qui contribue à créer une île sur le fleuve. Quelques siècles plus tôt, les comtes de Champagne en avaient relevé les rives aux pieds des remparts, construits vers 1220-1230 et qui entourent la cité.

Car, à Château-Thierry, la Marne est une puissante rivière de plaine, au débit évalué à plus de 100 m3/s lors des crues hivernales. En 1784 ou en 1910, ses eaux envahissent ainsi les bas quartiers de la ville. Aujourd’hui largement canalisé (sur 183 kilomètres depuis Epernay, en amont donc et jusqu’à sa confluence d’avec la Seine, près de Paris), le cours du fleuve est également désengorger par le lac du Der, dans la région voisine de Champagne-Ardenne. Inaugurée en 1974, cette vaste étendue d’eau artificielle, d’une superficie de 48 km2, permet ainsi d’augmenter les étiages de la Marne, d’en sécuriser le bassin.

Dans l’histoire plus que millénaire de la ville de Château-Thierry, plusieurs ponts sur le fleuve se sont succédés, toujours à l’emplacement actuel. Ainsi, de 1768 à 1786, une construction à trois arches vient remplacer le vieux pont médiéval, au moment où la route royale de Paris à Strasbourg est créée. Celui-ci enjambera le fleuve jusqu’au mois de juillet 1918, les combats se déroulant à proximité ayant raison de l’édifice voulu par l’ingénieur Perronnet. Relevé en 1925, il est de nouveau détruit à l’été 1940. L’ouvrage d’art actuel, une portée unique réalisée en béton armée, est inauguré le 25 juin 1950. Car le passage du fleuve est d’un intérêt stratégique pour les armées allemandes, en campagne près de la capitale parisienne, au cours des deux guerres mondiales du XXème siècle.

Aujourd’hui, ce pont de l’Aspirant Rougé est au coeur des problèmes liés à la circulation routière dans l’agglomération. Car celle-ci est souvent proche de la saturation. La traversée de la Marne à Château-Thierry n’est en effet permise que sur deux points, en centre-ville, un secteur déjà largement embouteillé pendant les heures de pointe, ainsi que sur la voie express qui en assure le contournement. Celle-ci d’ailleurs est sous-dimensionnée et ne permet pas l’évitement de la ville dans de bonnes conditions pour ses usagers. Ce trajet leur est pourtant rendu nécessaire, les mouvements pendulaires Est-Ouest, soit le long de la vallée de la Marne, et Nord-Sud, suivant l’axe Soissons-Troyes, étant les plus fréquents.

Le destin de Château-Thierry est donc toujours aussi intimement lié à la présence du fleuve qui l’arrose. C’est pourquoi la Marne, en ce début de XXIème siècle, est l’objet de toutes les attentions. Celles des maires qui se succèdent à la tête de la municipalité, des automobilistes qui parcourent les rues de l’agglomération, des plaisanciers qui circulent sur son cours, des peintres et autres promeneurs qui arpentent ses berges…

 

Marc Nadaux