CANOPE academie d'Amiens

Corbie – 80 – Abbatiale Saint-Pierre

 
Corbie.-80- Abbatiale Saint Pierre.
 
Corbie.-80- Abbatiale Saint Pierre.

Corbie a été à un moment donné de son histoire un des centres, si ce n’est le grand centre intellectuel de l’Occident.

A Corbie, sous les premiers rois mérovingiens, une place forte dominait la vallée de la Somme. C’est là que la reine Bathilde, mère du roi franc Clotaire III, décide de la fondation d’un monastère – bénédictin bien sur – en 657. Avec l’appui des membres de la dynastie régnante en Neustrie, l’abbaye a prospéré, formant ses occupants reclus au monde des lettres, suivant les préceptes de la règle de Saint Benoit appliquée en ses murs. L’un d’entre eux, Martin de Corbie, fut même le précepteur du futur intendant du palais royal, Charles Martel.
Sous le règne des descendants du puissant Maire du Palais d’Austrasie, Corbie participa activement à la Renaissance des arts et des lettres, la Renaissance carolingienne. La production de son scriptorium permis d’ailleurs de sauvegarder un grand nombre des textes légués par l’Antiquité. A l’intérieur des murs de l’abbaye, les moines mirent alors au point une écriture appelée à un destin exceptionnelle, la minuscule caroline. Ce grand legs du Moyen Age est à l’origine de notre écriture manuscrite. Plus tard, vers 830, dans le scriptorium de Corbie, s’installa un véritable atelier de faussaires œuvrant à la rédaction des Fausses Décrétales, des textes de droit canon destinés à protéger les évêques de la justice temporelle.

C’était il y a fort longtemps et cette façade imposante est tout ce qui demeure de ce passé prestigieux.

L’Abbatiale actuelle en effet est le troisième monument différent bâti sur le même emplacement depuis cette fondation mérovingienne. Son ultime reconstruction, commencée en 1502, n’est achevée que vers 1740. Encore que, derrière ce mur de pierres taillées, cette église moderne est très largement amputée, de son transept et de sa tour centrale notamment par la grâce du vandalisme révolutionnaire. Le monument doit encore être restaurée jusqu’au mois de novembre 1817.
Avant ces événements de la fin du XVIIIème siècle, l’église était longue de 117 mètres, avec un clocher à la croisée du transept qui s’élevait à 90 mètres au dessus du sol. A quoi il convient d’ajouter l’ensemble des bâtiments conventuels : sa cour d’honneur, son cloître, sa bibliothèque, son réfectoire … Reste une porte d’honneur. Depuis 1919, l’Abbatiale est classée aux monuments historiques, mais historique est également l’outrage fait auparavant à l’abbaye et à ses collections.

Marc Nadaux