CANOPE academie d'Amiens

Creil – 60 – Ancienne Ecole Nationale Professionnelle, E.N.P.

 
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creil2creil37941118 Creil - ENP 1

Au cours du XIXème siècle, les structures de l’économie française changent, tout comme celles de la population active, sous les effets d’un constant processus d’industrialisation. L’exode rural mène les populations des campagnes vers les agglomérations urbaines qui s’étalent de plus en plus au profit de leurs grandes banlieues industrielles. Dans le « bassin creillois » – une expression qui apparait en 1968 dans un des ouvrages du géographe Raymond Lazzarotti pour désigner cette région d’emploi vouée à la production manufacturière -, l’essentiel de ces sites industriels se rencontrent ainsi le long d’un axe formé par l’Oise, sur la rive droite du fleuve notamment, que double depuis la mi-XIXème siècle la ligne de chemin de fer Paris-Bruxelles.

Deux siècles d’industrialisation ont ainsi profondément et durablement construits les paysages de cette vallée du sud de l’Oise. Les cités ouvrières, les infrastructures ferroviaires, ainsi que de multiples unités de production, ces vastes bâtiments et autres cours d’usines, marquent encore de leur importante emprise au sol les territoires de ces trois communes de Creil, Montataire et Nogent-sur-Oise. A tel point que, de dissociées, ces agglomérations se rejoignent à la veille de la première Guerre mondiale pour ne former qu’une seule et même conurbation, une région urbaine. Alors à son apogée, cette civilisation industrielle est cependant en « crise » dans la décennie 1970. La déprise aidant, les entreprises historiques de Creil et de ses environs sont également touchées par la récession, cette grande faiseuse de friches industrielles, lesquelles vont se multiplier à partir des années 1980 dans l’agglomération.

Parmi celles-ci, il faut bien compter les anciens locaux de l’E.N.P., l’Ecole nationale professionnelle de garçons.

Car dans le sud du département de l’Oise, en même temps que s’affirme la vocation industrielle de la cité de Creil dans le second XIXème siècle, le besoin nait également d’une formation professionnelle des populations de la vallée. Pourtant, même si les lois Ferry organisent l’enseignement général et primaire, devenu obligatoire au commencement des années 1880, l’organisation de la formation technique demeure pour sa part d’initiative locale. C’est ainsi que l’industriel Charles Somasco crée en 1883 à Creil une école gratuite de travail manuel. En 1902, celle-ci est transformée en Ecole primaire supérieure. A l’intérieur de ses locaux, l’institution prépare 160 apprentis à la serrurerie, la mécanique ou à la menuiserie dans le cadre de l’examen du certificat primaire supérieur. Avant que la loi Astier du 25 septembre 1919 ne crée le certificat d’aptitude professionnelle ou C.A.P.

La même année, Jules Uhry est élu maire de Creil, qui forme le projet d’ouvrir un E.N.P. dans sa ville. Instituées en 1880, ces écoles nationales professionnelles, destinées à cette époque à la formation du monde ouvrier, deviennent par la suite des établissements qualifiant plutôt à la maîtrise ou préparant au concours des écoles nationales d’arts et métiers. L’E.N.P. de Creil ouvre ses portes en 1932. Situé au n°10 de l’impasse de Gournay, l’institution occupe les anciennes usines de construction électrique Daydé-Pillé. Construite en 1898, elles emploient alors quelques 300 salariés à la production des électro-aimants, des interrupteurs, des moteurs, des lampes… jusqu’en 1929, année où ses vastes locaux sont achetés par l’Etat. Les travaux d’aménagement et de réhabilitation sont alors confiés aux architectes Donat-Alfred Agache et Louis Boudet.

L’E.N.P. de Creil sera agrandi à plusieurs reprises dans les décennies qui suivent. En 1937 notamment, par la surélévation des bâtiments existants de l’ancien site industriel, suivant les plans de l’architecte André Ventre. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il demeurera en l’état, malgré les destructions causées par les bombardements de 1940 et 1944, car reconstruit à l’identique sous la direction de l’architecte André Aubert. En 1961, l’établissement devient lycée technique d’État. Il se destine désormais à la formation de techniciens, à la préparation aux écoles nationales d’ingénieur et aux épreuves du baccalauréat mathématique et technique. Et même si des extensions lui sont ajoutées, l’E.N.P. de Creil demeure confronté au problème récurrent de son exiguïté, au regard des grands besoins de formation technique supérieure sur le bassin creillois. Il est néanmoins fermé en 1986 au profit du lycée voisin d’enseignement général et technique de Nogent-sur-Oise, la création récente d’un baccalauréat professionnel signifiant aussi la création de la catégorie nouvelle des lycées professionnels.

Actuellement, l’ancienne Ecole nationale professionnelle est la propriété de la Société Immobilière de Lotissement Industriel et Artisanal de Creil. Le long de l’impasse de Gournay et sur une longueur de quelques 200 mètres, une succession de constructions dressent toujours son ample façade de maçonneries et briques sur la rue et la chaussée. L’entrée monumentale est centrée sur un haut portail métallique qui porte la date 1932 et le sigle E.N.P., ainsi que les outils utilisés par les élèves de l’Ecole (marteau, compas et maillet). Il est encadré par les bâtiments administratifs, ainsi que par la loge du gardien. Dans la continuité de cette conciergerie, les ateliers s’élèvent à des niveaux d’étagement différents.

Marc Nadaux