CANOPE academie d'Amiens

Soissons – 02 – Abbatiale Saint-Jean-des-Vignes

 
Soissons-02-Abbatiale Saint-Jean des vignes
 
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Soissons est la seconde agglomération du département de l’Aisne, et l’abbaye de Saint-Jean-des-Vignes, un de ses monuments emblématiques. Cette imposante façade gothique, ce mur de pierres sculptées qui s’élève dans le vide, est une vision saisissante, autant qu’une question posée à l’observateur. A savoir : la construction est-elle demeurée inachevée ? Il en est d’autres exemples non loin de là, en Picardie : le château de la Ferté-Milon, la cathédrale de Beauvais… En fait, ces lieux s’ajoutent à la longue liste des déprédations révolutionnaires, de l’appétit des affairistes sous la Restauration.
Lors des Guerres de religion déjà, l’abbaye de Saint-Jean-des-Vignes souffre des dégâts causés par les troupes du prince de Condé, occupant en 1567 la ville de Soissons. Restauré au XVIIème siècle, le monastère subit une seconde occupation militaire à partir de 1792, ses chanoines étant définitivement chassés. Au début du XIXème siècle, les pierres du monument sont vendues comme matériau de construction. Seuls subsistent quelques vestiges de cette grandeur passée, l’ensemble étant classé Monument historique depuis 1875.
Pourtant, même en ruines, Saint-Jean-des-Vignes suscite toujours l’intérêt des archéologues. Et ceux-ci viennent de très loin parfois pour en étudier la construction, l’évolution du site au cours des siècles passés. Des Etats-Unis notamment. L’abbaye picarde en effet est un élément du projet « MonArch », pour Monastic Archeology Project, des universités américaines, ce qui en fait une des seules abbayes étudiée et fouillée de manière systématique en Europe. Ce travail scientifique doit d’ailleurs, à terme, nourrir la mise en valeur du site abbatial par la municipalité de Soissons. Ses ruines et ses amples pelouses, non loin du centre-ville, feront l’objet d’un aménagement touristique.

Les lieux ont une histoire aujourd’hui millénaire. L’abbaye est fondée en 1076 par Hugues Le Blanc, un grand seigneur du Soissonnais, pressé par l’évêque de la ville. Car cette œuvre pieuse du féodal est aussi une restitution à l’Eglise, celle de cinq villages et paroisses au sud de Soissons. Confirmée par lettres patentes par le roi capétien Philippe Ier, cette fondation sur le Mont Saint-Jean se voit adjoindre trente arpents de vignes en 1084. D’où cette appellation d’abbaye Saint-Jean-des-Vignes. La chapelle Saint-Jean du Mont, puis une construction romane s’élève alors au début du XIIème siècle, non loin d’un cimetière romain christianisée.
L’abbaye est occupée par des chanoines réguliers, disciples de Saint Jean et suivant la règle de Saint Augustin. Soissons compte déjà plusieurs abbayes anciennes, mais Saint-Jean-des-Vignes s’inscrit dans le mouvement de réforme qui touche alors les ordres religieux en Occident. Suivant la volonté du Pape, quatre-vingt dix religieux assistent l’évêque dans l’encadrement spirituel des populations, l’assistance aux malades et aux pauvres. L’abbaye connaît son apogée au XIIIème siècle, époque où est entamée sa reconstruction dans le style gothique, vers 1215-1230.

Au-delà des remparts de la ville, Saint-Jean-des-Vignes est alors un vaste ensemble, clos en 1375 et entouré d’un fossé. La Guerre de Cent Ans … La nef de la chapelle est achevée à la même époque, au XIVème siècle, les deux tours de sa façade entre 1488 et 1520. De facture classique, celle-ci demeure debout aujourd’hui. Elevée sur trois portails, sous des gâbles à crochets, elle est percée en son centre d’une rosace précédée d’une claire-voie, que surmonte un pignon, triangulaire et dépourvu d’ornements. De part et d’autre, des baies géminées sont aménagées, coiffées de deux tours dissymétriques.
Au pied du monument, accolées à la nef de l’abbatiale, ne subsistent que deux galeries du vaste cloître gothique. A l’origine en effet, celui-ci est un carré de trente mètres de côté, lieu de prière et de déambulation pour les chanoines. Ses arcades sont fort abîmées, les remplages étant brisés. Des bâtiments conventuels demeurent également, un imposant réfectoire surmontant un cellier en sous-sol. Celui-ci est une grande salle à deux vaisseaux, très lumineuse et ornée d’une belle voute gothique à croisées d’ogives.

Marc Nadaux